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13 octobre 2016

Lettres à Stella de Iona Grey

 

            J’ai pu lire ce merveilleux roman grâce aux éditions Les Escales. Leur générosité m’a touché et je les en remercie car sans eux et sans Iona Grey évidemment (que je remercie encore plus d’avoir écrit ce livre !), je n’aurai peut-être jamais lu le plus beau roman d’amour que je n’ai jamais lu !

            Tout commence en 2011 en Angleterre, alors que Jess est en fuite. Elle fuit Dodge, son petit ami violent. Elle parvient à se réfugier dans un petit cottage situé au bout d’une rue étroite. Il a l’air à l’abandon, personne n’y vit. Elle n’ose rien déranger et puis au petit matin, alors qu’elle se réveille, une lettre passe au travers de la porte sur laquelle est écrit « URGENT ET PERSONNEL ». Elle hésite à l’ouvrir, ne parvient pas à se retenir et découvre une lettre pleine d’amour. Le passé ressurgit et cette histoire d’amour va changer sa vie.

            Soyons honnête, les premières pages ont été difficiles à lire. Je n’ai pas réussi à accrocher tout de suite. Il y a plein de personnages qui interviennent, ils n’ont pas tous du lien entre eux et malgré cela sont tous indispensables. Durant une cinquantaine de pages la situation se met en place et ensuite, ce n’est que du bonheur ! Les pages défilent sans qu’on s’en rende compte, les personnages évoluent sous nos yeux et ils finissent par faire partie de notre famille.

            Soixante ans séparent les deux femmes, Jess et Stella. Deux époques, deux situations et pourtant les mêmes questionnements. Les similitudes sont nombreuses et j’ai adoré ce côté de l’histoire. Elles auraient pu être deux personnages totalement éloignés et pourtant quand on lit ce qui est arrivé à Stella, on retrouve les péripéties de Jess. Ces femmes sont liées par bien plus que des lettres.

            Les personnages sont tous touchants : Will et sa maladresse, Jess et sa fragilité, Stella et sa force, Dan et sa tendresse, Nancy et son impertinence ; même Charles malgré sa violence (j’ai quand même préféré le détester !) et tous les autres qui gravitent autour. Toute une palette de sentiments nous étreint.

            Je ne veux pas trop en dire de peur de vous dévoiler des morceaux d’histoire – ce qui serait bien trop dommage ! Mais je tiens à préciser que ce livre ne contient pas que des lettres. Il y a un côté épistolaire, oui ! On découvre de nombreuses lettres, des mails aussi mais il y a beaucoup de narration. Le lecteur a la chance d’en savoir plus que Jess et Will. L’auteur a d’ailleurs beaucoup travaillé sur l’ordre de la narration. Les chapitres sont divisés selon les périodes : 2011 ou 1942 à 1944. Ce livre aborde beaucoup de sujets : la violence conjugale, la seconde guerre mondiale, la jeunesse démunie, le rôle mineur de la femme dans le couple, l’amour – quand même, et bien d’autres.

            Bref, j’ai adoré ! C’est un véritable coup de cœur ! J’aurais aimé en dire plus mais je ne veux pas trop vous en dire. Juste une chose : lisez-le ! Maintenant, dans le même thème, je m’en vais regarder Pearl Harbor.


Iona GREY, Lettres à Stella, 2016, Ed. Les Escales, 486p.


5 octobre 2016

Une bouche sans personne de Gilles Marchand




            Je remercie encore une fois l’enseigne Cultura pour m’avoir permis de lire ce roman « Talents à découvrir ». Cette lecture est pour moi LA découverte de la rentrée, LE roman à lire ! Dans ce premier roman de Gilles Marchand, nous rencontrons un homme très fantaisiste mais à l’allure étrange : il porte sans cesse une écharpe. Sous cette écharpe se cache une cicatrice. Quelle est son histoire ?
« L’écharpe m’a permis de masquer cette différence. Elle soulève d’autres questions, mais il est plus facile de vivre avec des questions qu’avec une différence. »
            L’Homme est comptable, a une vie parfaitement rodée, croise tous les soirs la femme et son chien en allant au bar, boire un café avec ses amis. Tous les soirs, ils discutent, de tout et de rien ; surtout pas d’eux. Ils ne connaissent rien de la vie des uns et des autres. Jusqu’au soir où l’Homme commence à se raconter. Chaque soir, ils sont un peu plus nombreux pour venir l’écouter parler de Pierre-Jean, son grand-père.

            La fantaisie de l’auteur commence dès la première page avec la numérotation du chapitre premier qui est en fait, le « Chapitre 0 ». S’en suit la poésie de l’écriture :

« J’ai un poème et une cicatrice. (…) Voilà mon armoire à souvenirs. J’ai pris soin de la cadenasser solidement et, la plupart du temps, cela marche. (…) Mais les cadenas sont fragiles et il est impossible d’oublier une cicatrice lorsque celle-ci fait office de masque que l’on ne peut retirer. ». 

            A partir de là, je me suis dit que j’allais aimer. Les premières lignes sont cruciales pour un roman et ça a tout de suite fonctionné avec moi. Ces deux facettes de l’œuvre : fantaisie et poésie sont pour moi les deux points forts.

            A travers les lignes, on lit du Boris Vian, du Romain Gary et on découvre du Amélie Poulain. Les émotions nous submergent alors que le narrateur est discret et secret. Il ne se prend pas souvent au sérieux, bien souvent il fait de l’esprit et ses propos sont toujours profonds. Le roman se déroule au XXè siècle à Paris et a pour toile de fond la Seconde Guerre mondiale. J’ai aimé l’Homme pour son histoire, son caractère extraordinaire ; son grand-père pour sa philosophie : l’époque est bien trop difficile pour tout prendre au sérieux. Et j’ai adoré ses amis du bar : Lisa, Thomas, Sam et sa mère pour ses lettres complètement folles. Ce sont des petits morceaux de guimauves.

            Ce roman est plus qu’un petit secret bien gardé entre un homme et son grand-père. Ce roman est un hommage, une histoire racontée légèrement avec beaucoup de philosophie. Gilles Marchand est un grand conteur !

 


Gilles MARCHAND, Une bouche sans personne, 2016, Ed. Les Forges Vulcain, 260p.

20 septembre 2016

L'Absente de Lionel Duroy


           L’Absente de Lionel Duroy est un roman de la rentrée littéraire 2016 que je souhaitai véritablement lire tant j’avais adoré Échapper de ce même auteur. L’absente, c’est la mère, celle qu’Augustin – le narrateur, déteste tant. Cette femme qu’il traite d’idiote et qu’il prend pour une folle. Arrivera-t-il enfin à comprendre le comportement de sa mère ? Saura-t-il se réconcilier avec cette partie de lui-même ?

          Augustin, fraîchement divorcé doit vendre sa maison mais il ne peut se résigner à se séparer de certains souvenirs. Il remplit donc sa voiture de son passé et file sur les routes pour tenter de se retrouver, de retrouver qui il est vraiment et surtout pour écrire un livre. Celui qui serait une consécration, celui sur sa mère. Il voyage de Verdun à Bordeaux, en passant par la Bretagne ; en voiture, à pieds ou à vélo. 

          Commençons par énumérer ce qui m’a agacé dans ce livre : les lamentations continuelles d’Augustin et ses monologues qui tournent en rond et qui n’en finissent pas. Sa solitude le pousse à réfléchir, à se poser des questions et à se plaindre mais c’était bien souvent beaucoup trop. Ce point que je considère comme négatif (et qui pourra plaire à d’autres) a vraiment ralenti ma lecture, me l’a rendu aigre et m’a empêché de vraiment entrer dans l’histoire. Augustin commençait vraiment à me taper sur les nerfs. Heureusement Lionel Duroy a su s’arrêter au moment où j’étais prête à abandonner. 

          J'ai beaucoup aimé les réflexions sur le statut d'auteur et les difficultés à écrire. Écrire pour soi, écrire pour les autres ? Écrire une fiction, écrire une autobiographie ? Parce qu'écrire ce n'est pas simplement coucher des mots sur une feuille blanche. C'est aussi apprendre sur soi-même et sur les autres. Et ce voyage d'écriture est une véritable psychanalyse puisqu’à travers ses recherches - qu'il mène pour comprendre sa mère, Augustin parvient à la comprendre.

- Comment ça, vous ne savez pas ? Vous savez bien ce que vous écrivez ! (...)
- Des choses sur la vie avait rétorqué Augustin. Des choses que nous portons tous plus ou moins en nous mais que nous ne parvenons pas à exprimer. Des choses que nous préférerions taire, aussi parfois. (p.137)

          Ce roman est constitué d’incessants flashbacks et retours en arrière dans sa vie d’enfant et d’adolescent mais aussi et surtout dans la vie de Suzanne et Théophile dit « Toto », ses parents. Les masques tombent. Serait-ce un secret de famille qui se cache sous l’aigreur de la mère ? Et que cache cette photographie ? Au moment où il commence à se retrouver à travers sa mère, l’écriture change complètement, ça devient intéressant et haletant. Ce qui m’a beaucoup plu ce sont ses nombreuses rencontres (jusqu’à la femme à laquelle il s’attachera véritablement ?) et ses nombreux lieux où il dort et cherche des réponses. Malgré les longueurs, l’auteur nous tient en haleine ; surtout dans les dernières cent pages : je n’arrivais pas à m’arrêter, je relisais pour bien comprendre et j’avais la respiration rapide. Jusqu’au dernier mot.

          Finalement, ce roman est une réussite même s’il m’a beaucoup moins plu qu’Échapper (à lire ABSOLUMENT !). Il faut passer au dessus de ses plaintes constantes pour arriver à la fin qui est d’une beauté incroyable. Le tout avec, comme toile de fond les deux guerres mondiales.



Lionel DUROY, L'Absente, 2016, Julliard, 352p.